Archives de l’auteur Carole Herscovici

ParCarole Herscovici

La Prairie humide du Pesquié, un an après

Il y a maintenant un an, l’Ana-Cen de l’Ariège a eu l’opportunité de faire l’acquisition d’une prairie humide à très forte valeur patrimoniale : la prairie du Pesquié à Lagarde dans l’Est du département (cf bulletin de liaison n ° 83). Nous connaissions cette prairie depuis près d’une dizaine d’année puisque nous y faisions le suivi de la Jacinthe de Rome, plante protégée au niveau national. A l’annonce de la vente de cette prairie, nous avons entamé les démarches pour nous en porter acquéreur et en assurer la protection en partenariat avec les acteurs locaux.

L’achat a pu se concrétiser grâce au concours financier de l’Agence de l’eau et d’un mode de financement inédit : le financement participatif via une campagne lancée sur le site Ulule. Cette initiative originale a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse spécialisée (Zones Humides Info). Ces premières sources financières nous ont aussi permis d’accéder cet été à un complément apporté par la Fondation Nature et Découverte et de pouvoir financer cette acquisition en totalité.

 

Depuis l’achat en avril 2015 que s’est-il passé au Pesquié ?

On a inventorié, étudié, cartographié, analysé, partagé, rencontré, planifié… : la joyeuse « routine » de nos missions de Conservatoire d’espaces naturels.

  • L’amélioration de la connaissance naturaliste

Dès le printemps 2015, nous avons commencé à affiner notre connaissance naturaliste de la prairie qui se limitait jusqu’alors à la population de Jacinthe de Rome.

Nos inventaires ont pu confirmer :

– l’intérêt de ce secteur comme zone de reproduction des amphibiens avec 10 espèces recensées dont le Pélodyte ponctué, la Rainette méridionale ou le Crapaud calamite. Le mois de mars au Pesquié, c’est le Batrac’Opéra : ça chante, coasse et grougroute dans toutes les tonalités, tous les tempos et dans tous les coins.

Crapaud calamite peu présent en Ariège est du département

– l’intérêt botanique avec une population importante de Bellevalia romana mais aussi la découverte d’Alopecurus bulbosus – le Vulpin bulbeux, une graminée protégée au niveau national – moins spectaculaire que la Jacinthe mais plus rare et peut-être plus vulnérable. C’est, à notre connaissance, la seule station de cette plante connue à ce jour en Ariège.

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– la présence d’une mosaïque d’habitats naturels intéressante qui s’agencent selon plusieurs gradients (humidité, fermeture de la végétation, pression de pâturage). Nous avons pu mettre en évidence différents types d’habitats humides correspondant aux syntaxons suivants : le Bromion racemosi qui est d’intérêt patrimonial et relativement rare en Ariège, c’est l’habitat type de la Jacinthe de Rome, du Vulpin bulbeux et de l’Orge faux-seigle (Hordeum secalinum), une autre graminée de prairie humide peu fréquente. Le faciès dominé par Juncus inflexus (Mentho-Juncion inflexi) est révélateur de l’influence du pâturage et se développe en nappe le long du drain principal. Le Juncion acutiflori que l’on rencontre dans la partie du site moins soumise au pâturage. Enfin les drains présentent des faciès dominés par le Scirpe des marais (Eleocharis palustris)  relevant de l’alliance phytosociologique des Eleocharetalia palustris.

  • Et le fonctionnement hydrologique alors ?

Le fonctionnement hydrologique de cette grande zone humide qui présente de forts contrastes hydriques saisonniers reste pour l’instant mystérieux. Ce sera un des points majeurs à éclaircir en 2016 afin de proposer un plan de gestion cohérent. Dans cette optique une cartographie des drains a déjà été établie.

  • un peu de gestion en anticipation …

Nos collaborations antérieures avec l’équipe pédagogique du LEGTA de Pamiers nous ont permis de mettre en place un travail en partenariat sur ce site : les élèves de terminale GMNF auront ainsi en charge dès novembre 2015 des actions d’ouverture de milieu sur un des secteurs embroussaillés de la prairie ; nous les accompagnerons pour réaliser l’état des lieux avant travaux, mettre en œuvre le chantier de restauration et faire le suivi de ces actions de gestion.

2015 a été aussi l’occasion de maintenir le contact avec les acteurs locaux pour conserver et adapter le pâturage selon des modalités qu’il reste à définir plus précisément (plan de pâturage et charge pastorale).

  • Et la suite ?

L’objectif actuel est d’améliorer notre connaissance du site et de proposer un plan de gestion conservatoire concertée pour la fin d’année 2016, pour cela il nous reste encore à inventorier, étudier, cartographier, analyser, partager, rencontrer, planifier …!

Nous remercions les financeurs qui nous ont soutenu dans cette acquisition, l’Agence de l’eau Adour-Garonne, la Fondation Nature et Découverte et les 60 contributeurs, via le financement participatif, lancé sur le site Ulule.

Cécile Brousseau

ParCarole Herscovici

L’aigle royal en réseau

Le Réseau Aigles Pyrénées est né à la fin de l’année 2013 à la suite de rencontres entre passionnés de ce rapace et de la volonté de réaliser une synthèse pyrénéenne des connaissances sur cet oiseau.

Parallèlement et depuis 1999, j’essaye, à titre personnel :

  • d’une part de dresser la carte des territoires d’aigles royaux sur le Couserans et l’Ariège
  • d’autre part de suivre la productivité de ces territoires.

Le premier objectif est, me semble-t-il, atteint pour le Couserans (tout en espérant toujours quelques surprises…) et la phase d’extension à l’Ariège est en cours. Le second objectif n’est réalisé que de façon parcellaire : la nécessité d’un collectif est évidente pour mener un tel travail à bien. La constitution d’un petit réseau aigle sur le Couserans d’abord, mais à étendre à toute l’Ariège ensuite, est donc un projet que j’avais à l’esprit depuis quelques temps déjà.

La rencontre avec Jacques Bouillerce, coordinateur Aigle royal pour le GOPA et animateur du Réseau Aigles Pyrénées, par l’entremise de Sylvain Reyt (Merci Sylvain !) le 23 septembre dernier a été le détonateur qui me conduit aujourd’hui à présenter cette modeste synthèse sur l’aigle royal dans le Couserans et en Ariège ; et à solliciter tous les naturalistes de l’Ariège motivés par cet oiseau fascinant pour participer à un réseau aigle sur le Couserans et l’Ariège, affilié au Réseau Aigles Pyrénées.

L’aigle royal dans le Couserans et en Ariège.

2 juvénile

L’occupation d’un territoire par un couple d’aigles royaux signifie que : ils le défendent, ils y chassent et surtout ils tentent de s’y reproduire (construction d’aires, parades, accouplement, élevage…). Les indices d’occupation sont donc constitués par l’observation des comportements liés à ces activités.

La productivité d’un couple est représentée par sa capacité à mener à terme l’élevage d’un jeune (rarement deux), c’est-à-dire jusqu’à son envol.

En 2015, dans le Couserans (de la limite avec la Haute-Garonne au massif des Trois seigneurs), ce sont 12 territoires occupés par un couple d’aigles qui sont identifiés, et notés d’Ouest en Est dans le tableau.

Territoires Saint-Lary Isard Eylie Orle Ribérot Cazabède Estours Angouls Salau Ossèse Aulus Trois Seigneurs
Productivité brute 2/5 1/2 0/2 1/2 2/3 0/1 4/11 1/3 10/13 6/12 3/9 0/2

La productivité brute est le nombre de juvéniles à l’envol rapporté au nombre d’années pour lequel le couple a pu être plus ou moins suivi.

Comme je l’ai déjà mentionné, ce suivi est tout d’abord loin d’être égal pour tous les couples et ensuite très irrégulier pour tous les couples (pas de visites systématiques durant les phases clefs de la saison de reproduction) : la priorité a d’abord été donnée à l’identification des territoires. Le calcul classique de productivité n’est donc pas effectué.

Certains couples méritent toutefois un commentaire particulier :

– Salau : le seul couple pour lequel la productivité peut être commentée au vu du suivi réalisé ; elle est tout à fait remarquable : 0,77 avec une série de 9 années consécutives (2001-2009) avec un jeune à l’envol.

– Ossèse : un couple qui a réussi par 2 fois : en 2000 et en 2010, à mener 2 juvéniles à l’envol, ce qui est rare dans les Pyrénées.

– Aulus : Un couple très intéressant puisqu’on connaît toute son histoire. En effet, il s’est installé à la faveur du nourrissage mis en place pour fixer un couple de gypaète sur ce secteur. Cette histoire mériterait peut-être un article à elle seule, dont voilà juste quelques repères :

2002, installation du nourrissage fréquenté par des aigles surtout immatures et subadultes.

2004, un couple, formé par une femelle immature et un mâle subadulte, s’approprie le territoire

2006-2007 : le couple est adulte

2010-2011-2012 : le couple produit 1 juvénile à l’envol par an.

En Haute-Ariège, 9 territoires sont occupés par des couples d’aigles : Auzat, Marc, Artiès, Ussat, Verdun, Beille-Aston, Frau, Orlu, Mérens et 3 secteurs sont à vérifier : Siguer, Savignac-Ax, L’Hospitalet. L’Aston pourrait aussi réserver quelques surprises.

Dans le Quérigut, 3 territoires sont occupés : Mijanès et 2 autres rapportés par Jacques Bouillerce : « Roc blanc » et « Quérigut » utilisant des territoires à cheval sur l’Aude et les Pyrénées –Orientales, les aigles ne se souciant bien heureusement pas des subtilités des découpages administratifs humains.

Ainsi, en 2015, l’Ariège compterait donc 24 à 27 couples d’aigles royaux.

Un réseau aigle en Ariège ?

L’aigle royal fait partie des espèces mythiques : il a fasciné les hommes de toutes les époques qui l’ont fait intervenir dans de nombreuses légendes et croyances et se sont souvent appropriés son effigie.

D’un point de vue biologique, dans les Pyrénées, l’aigle royal intervient comme super prédateur au sommet de la pyramide alimentaire. Sa présence et sa productivité témoignent d’un territoire à la biodiversité riche et relativement peu anthropisé (c’est-à-dire avec des zones de quiétude suffisamment vastes pour qu’il s’installe). C’est donc un marqueur intéressant de la qualité biologique des milieux et de leur niveau d’anthropisation.

Le recensement des territoires d’aigles royaux et leur suivi visent donc deux objectifs :

– une meilleure connaissance de l’espèce elle-même dans le contexte pyrénéen

– une contribution au suivi de l’évolution des territoires occupés par les aigles

Le recensement des territoires d’aigles royaux semble bien avancé mais des incertitudes demeurent notamment en Haute Ariège : certains territoires restent à prospecter.

Le suivi est à réaliser de manière plus systématique pour avoir des résultats utilisables avec des visites aux moments clefs du cycle de reproduction : parades et recharge de l’aire, incubation, élevage, envol.

Pour cela, il faut un collectif : un réseau d’observateurs. Je vous propose une organisation géographique : l’idéal serait qu’un observateur (voire 2 ou 3) s’occupe d’un territoire qu’il choisit car il est proche de chez lui (lien géographique) ou parce qu’il l’aime particulièrement (lien affectif). Dans les 2 cas, le principe est que l’observateur puisse se rendre sur ce territoire avec le moins de contraintes possibles de manière à pouvoir réaliser un suivi satisfaisant.

Cependant cette organisation « idéale » ne sera pas en place partout et ne pourra pas convenir à tous en fonction de nos modes de vie et de nos contraintes, par conséquent, et même si certains veulent bien prendre en charge un territoire (ou plusieurs…), la souplesse prévaut : on peut aller prospecter et observer l’aigle où on veut (évidemment !!!!!!) mais il est extrêmement important de faire alors remonter les observations par mails de manière à pouvoir actualiser les connaissances et donc ajuster les efforts de prospections et de suivis.

Par ailleurs, j’en appelle également à tous ceux qui ont réalisé des observations d’aigles en Ariège : notamment des observations de juvéniles, d’aires ou de comportement territoriaux ou reproducteurs… Vous serait-il possible de me communiquer ces observations de manière à compléter les connaissances que nous avons déjà ?

L’aigle royal ne fait l’objet d’aucun suivi officiel, d’aucun plan de restauration ou d’étude et donc d’aucun financement. Le réseau aigle repose uniquement sur la volonté et la motivation de ceux qui y participent.

Merci par avance à ceux qui viendront d’une manière ou d’une autre contribuer à ce nouveau réseau aigle en Ariège. N’hésitez pas à me contacter pour toutes questions ou précisions.

Julien Garric

Coordinateur ANA réseau aigle

jgarric@wanadoo.fr

ParCarole Herscovici

Gypaète barbu à l’est du Couserans : premier envol d’un juvénile… après 13 ans d’efforts !

L’ANA participe depuis 2000 aux actions techniques (prospection, suivi, nourrissage) du réseau casseur d’os en faveur de la restauration de la population de gypaètes barbus sur le versant nord des Pyrénées. Dans les années 90, l’association participait déjà au volet « Education à l’Environnement » en contribuant  avec les autres partenaires à la mise en place du premier kit pédagogique pour sensibiliser le grand public aux actions pour la conservation du gypaète. En ce qui concerne les actions techniques, nous intervenons aujourd’hui essentiellement dans le Couserans et depuis l’année dernière dans le massif de la Frau à l’est du département.

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ParCarole Herscovici

Natures d’Ariège Infos n°83

Sommaire

  • Editorial
  • La vie associative à la loupe
  • L’alphabet de Botaniste en Herbe : B comme Brassicaceae
  • Le Pesquié : portrait d’une prairie pas comme les autres
  • Retour sur la sortie croquis de terrain du 12 avril 2015

Brèves ariégeoises…

  • Afflux de printemps
  • Champagne pour les Gypaètes barbus de Sinsat !
  • Les potins ornithologiques des derniers mois

Dossier du mois

  • Les plantes exotiques envahissantes en Midi-Pyrénées
  • Zoom sur l’Ariège
  • Les ambroisies, des plantes invasives dangereuses pour la santé
  • Appel aux bénévoles
  • L’équipe de l’Ana en mouvement … les nouvelles recrues de 2015
  • Grand ménage de printemps

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ParCarole Herscovici

Natures d’Ariège Infos n°77

Sommaire

  • Editorial : chronique d’un changement d’image annoncé

En 2012...

  • Inventaire des zones humides
  • Nouvelles stations de Jacinthe de Rome
  • L’AG de l’union des CPIE en Ariège, juin 2012
  • Le Festival photos dessins Nature des Pyrénées a eu lieu au Mas d’Azil du 24 au 28 mai
  • La Loutre d’Europe en Ariège : de la quasi extinction à son retour
  • L’opération Chantiers d’automne

Brèves ariégeoises

  • Chevêche d’Athéna : déroulement d’une soirée repasse
  • Leçon de choses : dans la mare !
  • Quelles menaces pour les amphibiens ?
  • Bienvenue aux nouvelles recrues
  • La devinette de la «Leçon de choses»

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Réponse à la devinette de la “leçon de choses” sur les fleurs de marronniers :
“Dès que les fleurs sont fécondées, elles se modifient et changent de couleur . Seules les fleurs jaunes attirent les pollinisateurs. De nombreuses fleurs utilisent le jaune pour être bien vues par les insectes qui ne voient pas comme nous.  Les abeilles voient une sorte de bleu et non pas du jaune comme nous. La fleur fécondée n’émet plus les mêmes longueurs d’ondes et devient invisible pour l’oeil de l’insecte. En effet, ce sont les radiations ultra violettes qui les attirent et les fleurs jaunes reflètent des ondes ultra violettes qui ne sont pas perceptibles par notre œil humain.”