Compte rendu de sortie du 5 juillet 2021 dans la grotte du Pas du Portel (Loubens, Ariège)

ParAmbre Luczynski

Compte rendu de sortie du 5 juillet 2021 dans la grotte du Pas du Portel (Loubens, Ariège)

Nous sommes guidés par Thomas, de l’ANA-CEN Ariège, qui nous propose la visite de la grotte du Pas
du Portel. Cette grotte est fréquentée par des colonies de chauves-souris.

  1. Intérêt et conservation des données environnementales
    Le guano est une archive environnementale qu’il importe de recenser en vue d’éventuels prélèvements. Un tas de guano, n’est pas une tourbière. Il doit faire l’objet d’une infinie précaution pour ne pas détruire un témoin quasi-archéologique dont l’extension est limitée dans l’espace. Jusqu’à présent personne ne s’est vraiment intéressé au guano ; nous sommes en fait des pionniers en la matière.

 

Figure 1. Entrée de la grotte – Jean-Yves Bigot

Plus tard, il faudra certainement réglementer les prélèvements de guano comme on le fait déjà pour les fouilles
archéologiques, afin de protéger les sites à haute valeur environnementale.
Avec l’avancée des sciences, de nouvelles méthodes de datations ont été utilisées sur des échantillons prélevés
dans le milieu souterrain, notamment les datations cosmogéniques sur les sédiments enfouis et la méthode
radiométrique par l’uranium-thorium sur les spéléothèmes des grottes. Ainsi, on a vu des scientifiques
totalement étrangers au milieu investir les grottes et prélever des éléments de la caverne sans tenir compte du
contexte karstologique. Ces intervenants « extérieurs » n’avaient aucune idée du milieu spécifique dans lequel
leurs prélèvements avaient été effectués. C’est bien cela qui menace les tas de guano séculaires, voire
millénaires. De ce point de vue, les chiroptérologues ont devancé tous les autres en préservant l’animal, la
chauve-souris, à l’origine des archives environnementales. Il faudra donc un avocat pour défendre et
réglementer les prélèvements dans les tas de guano, si on ne veut pas les voir disparaître d’un coup dans une
ruée scientifique incontrôlée. Les écologistes ont une longueur d’avance sur la conservation des archives ; on
leur doit un chapitre de l’Histoire du guano : « De l’intérêt des bébêtologues dans la préservation des données
environnementales. »

  1. Observation in situ
    Certes, la grotte est occupée par les chiroptères, mais nous ne voyons au sol aucun tas de guano. Il est vrai que
    les déjections animales sont régulièrement emportés par les crues de la rivière souterraine (fig. 1).
    Malgré un examen attentif, nous n’observons aucune biocoupole ou forme de biocorrosion caractéristique. Il
    faut croire que la grotte est relativement récente à l’échelle géologique. La cavité est encore en activité
    puisqu’elle est régulièrement parcourue par un cours d’eau (perte de rivière) ; tout cela peut expliquer
    l’absence de formes.
    Par ailleurs, les voûtes continuent d’évoluer et les chutes de blocs sont encore fréquentes. La cavité a été
    creusée dans les bancs redressés du calcaire de la chaîne du Plantaurel. Il s’agit d’une structure géologique
    simple qu’on retrouve également sous terre (fig. 2 & 3).

Malgré sa relative jeunesse d’un point vue spéléogénique, on trouve dans la grotte des
remplissages scellés par des coulées de calcite, ainsi que des grands gours incisés par la rivière (fig. 4).

Figure 2. Galerie creusée perpendiculairement au pendage. La cavité suit l’axe de la structure géologique – Jean-Yves Bigot
Figure 3. La structure monoclinale du calcaire a guidé le creusement des galeries – Jean-Yves Bigot
Figure 4. Les traces de remplissages et les coulées attestent de l’histoire de la cavité – Jean-Yves Bigot

Au détour d’une galerie, un imposant tas de guano a été miraculeusement conservé (fig. 5 & 6). Il s’agit d’une
mine d’informations peu accessible. Ce tas de guano, situé dans les plafonds de la grotte, a été préservé du
piétinement et des crues de la rivière souterraine. Certes, il est intact, mais on aperçoit des traces verticales qui
pourraient être dues à des chutes de pierres.
Nous n’avons pas encore vu beaucoup de rivières souterraines peuplées de chauves-souris, pourtant Thomas
précise qu’il peut s’agit d’un choix judicieux qui vise à se mettre à l’abri des prédateurs.
Plus loin, on trouve quelques ressauts et bien sûr un siphon qui marque le terminus de la visite ( fig. 8). Dans
les vasques et entre les brindilles, on trouve toutes sortes d’animaux emportés par le courant, mais on
n’aperçoit aucune bestiole inféodée au milieu souterrain.

Figure 5. Le tas de guano perché dans les voûtes de la galerie – Jean-Yves Bigot
Figure 6. Le tas de guano est encore alimenté comme l’indiquent les traces de moisissures – Jean-Yves Bigot
Figure 7. Les concrétions se développent malgré les crues destructrices de la rivière souterraine – Jean-Yves Bigot
Figure 8. La grotte se termine par un siphon où s’accumulent toutes sortes de détritus et de bestioles entraînés par le courant – Jean-Yves Bigot

Laurent Bruxelles, Élodie Dardenne, Gregory Dandurand, Céline Pallier, Thomas Cuypers & Jean-Yves Bigot

À propos de l’auteur

Ambre Luczynski administrator