La Prairie humide du Pesquié, un an après

Il y a maintenant un an, l’Ana-Cen de l’Ariège a eu l’opportunité de faire l’acquisition d’une prairie humide à très forte valeur patrimoniale : la prairie du Pesquié à Lagarde dans l’Est du département (cf bulletin de liaison n ° 83). Nous connaissions cette prairie depuis près d’une dizaine d’année puisque nous y faisions le suivi de la Jacinthe de Rome, plante protégée au niveau national. A l’annonce de la vente de cette prairie, nous avons entamé les démarches pour nous en porter acquéreur et en assurer la protection en partenariat avec les acteurs locaux.

L’achat a pu se concrétiser grâce au concours financier de l’Agence de l’eau et d’un mode de financement inédit : le financement participatif via une campagne lancée sur le site Ulule. Cette initiative originale a fait l’objet de plusieurs articles dans la presse spécialisée (Zones Humides Info). Ces premières sources financières nous ont aussi permis d’accéder cet été à un complément apporté par la Fondation Nature et Découverte et de pouvoir financer cette acquisition en totalité.

 

Depuis l’achat en avril 2015 que s’est-il passé au Pesquié ?

On a inventorié, étudié, cartographié, analysé, partagé, rencontré, planifié… : la joyeuse « routine » de nos missions de Conservatoire d’espaces naturels.

  • L’amélioration de la connaissance naturaliste

Dès le printemps 2015, nous avons commencé à affiner notre connaissance naturaliste de la prairie qui se limitait jusqu’alors à la population de Jacinthe de Rome.

Nos inventaires ont pu confirmer :

– l’intérêt de ce secteur comme zone de reproduction des amphibiens avec 10 espèces recensées dont le Pélodyte ponctué, la Rainette méridionale ou le Crapaud calamite. Le mois de mars au Pesquié, c’est le Batrac’Opéra : ça chante, coasse et grougroute dans toutes les tonalités, tous les tempos et dans tous les coins.

Crapaud calamite peu présent en Ariège est du département

– l’intérêt botanique avec une population importante de Bellevalia romana mais aussi la découverte d’Alopecurus bulbosus – le Vulpin bulbeux, une graminée protégée au niveau national – moins spectaculaire que la Jacinthe mais plus rare et peut-être plus vulnérable. C’est, à notre connaissance, la seule station de cette plante connue à ce jour en Ariège.

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– la présence d’une mosaïque d’habitats naturels intéressante qui s’agencent selon plusieurs gradients (humidité, fermeture de la végétation, pression de pâturage). Nous avons pu mettre en évidence différents types d’habitats humides correspondant aux syntaxons suivants : le Bromion racemosi qui est d’intérêt patrimonial et relativement rare en Ariège, c’est l’habitat type de la Jacinthe de Rome, du Vulpin bulbeux et de l’Orge faux-seigle (Hordeum secalinum), une autre graminée de prairie humide peu fréquente. Le faciès dominé par Juncus inflexus (Mentho-Juncion inflexi) est révélateur de l’influence du pâturage et se développe en nappe le long du drain principal. Le Juncion acutiflori que l’on rencontre dans la partie du site moins soumise au pâturage. Enfin les drains présentent des faciès dominés par le Scirpe des marais (Eleocharis palustris)  relevant de l’alliance phytosociologique des Eleocharetalia palustris.

  • Et le fonctionnement hydrologique alors ?

Le fonctionnement hydrologique de cette grande zone humide qui présente de forts contrastes hydriques saisonniers reste pour l’instant mystérieux. Ce sera un des points majeurs à éclaircir en 2016 afin de proposer un plan de gestion cohérent. Dans cette optique une cartographie des drains a déjà été établie.

  • un peu de gestion en anticipation …

Nos collaborations antérieures avec l’équipe pédagogique du LEGTA de Pamiers nous ont permis de mettre en place un travail en partenariat sur ce site : les élèves de terminale GMNF auront ainsi en charge dès novembre 2015 des actions d’ouverture de milieu sur un des secteurs embroussaillés de la prairie ; nous les accompagnerons pour réaliser l’état des lieux avant travaux, mettre en œuvre le chantier de restauration et faire le suivi de ces actions de gestion.

2015 a été aussi l’occasion de maintenir le contact avec les acteurs locaux pour conserver et adapter le pâturage selon des modalités qu’il reste à définir plus précisément (plan de pâturage et charge pastorale).

  • Et la suite ?

L’objectif actuel est d’améliorer notre connaissance du site et de proposer un plan de gestion conservatoire concertée pour la fin d’année 2016, pour cela il nous reste encore à inventorier, étudier, cartographier, analyser, partager, rencontrer, planifier …!

Nous remercions les financeurs qui nous ont soutenu dans cette acquisition, l’Agence de l’eau Adour-Garonne, la Fondation Nature et Découverte et les 60 contributeurs, via le financement participatif, lancé sur le site Ulule.

Cécile Brousseau